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RECHERCHE

31 Octobre 2008
Captage et stockage du CO2 : La clé de la réduction des émissions de CO2 au Canada?

Ruth Elnekave

Partout dans le monde, les gouvernements, les institutions de recherche et les industries reconnaissent que la technologie de captage et de stockage du carbone (le « CSC ») présente un potentiel extrêmement intéressant comme moyen de réduire les émissions de dioxyde de carbone (« CO2 ») et d'autres gaz à effet de serre (« GES »).

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat1, première autorité au monde sur le sujet, est d'avis que le CSC figure parmi les moyens les plus prometteurs pour réduire les émissions de GES. Au Canada, la mise en oeuvre du CSC, pierre angulaire du plan vert gouvernemental, devrait se poursuivre comme prévu en raison de la récente réélection du premier ministre Stephen Harper.

Qu'est ce que le captage et le stockage du carbone?

La technologie de CSC implique le captage, avant leur rejet dans l'atmosphère, de volumes élevés de CO2 produits par des sources industrielles importantes. Le CO2 est ensuite comprimé, transporté et injecté dans des formations géologiques souterraines très profondes, où il est censé demeuré enfoui de façon permanente. Dans certains cas,  on peut se servir du CO2 dans le cadre d'un procédé, appelé récupération assistée des hydrocarbures, par lequel on pompe le gaz dans des champs pétrolifères dont la production décline. Le gaz se dissout dans le pétrole restant, ce qui en réduit la viscosité et le pousse dans les puits de production. La production de pétrole s'en voit augmentée.

Pourquoi adopter le CSC?

Au Canada, les promoteurs de la technique croient que le CSC permettra de réduire considérablement l'empreinte écologique laissée par l'industrie des sables bitumineux et les centrales électriques alimentées par des combustibles fossiles. La technologie de captage pourrait être incluse lors de la construction des nouvelles installations et installée rétroactivement dans les usines industrielles existantes. Toutefois, bien que les composantes individuelles du CSC soient en train d'être déployées au niveau industriel, la sécurité de l'ensemble du procédé n'a pas encore été démontrée et celui-ci est encore loin d'être rentable.

Même si le CSC n'a pas encore été mis en oeuvre à grande échelle au Canada, des recherches menées dans de nombreuses usines-pilotes ont démontré que, lorsqu'il est appliqué à une installation industrielle, le CSC peut réduire les émissions de CO2 d'environ 80 % à 95 %. De plus, le Canada présente les caractéristiques idéales pour l'implantation du CSC, puisqu'il possède des réserves de combustibles fossiles à profusion à proximité de sites de stockage souterrains convenables ayant un potentiel de récupération assistée des hydrocarbures.2 La première initiative mondiale pour la mesure, la surveillance et la vérification du CO2, Weyburn-Midale, a été lancée en Saskatchewan en 2002. Le projet-pilote, qui en est à sa seconde et dernière phase, est un partenariat du gouvernement et de l'industrie approuvé par l'Agence internationale de l'énergie (l'« AIE »). Les résultats des tests indiquent que le stockage souterrain du CO2 à long terme (5 000 ans) est sécuritaire. La seconde phase du projet devrait produire un guide de pratiques exemplaires présentant des lignes directrices pour les éléments techniques et les politiques de projets futurs de CSC.

Réglementation du CSC au Canada

La mise en oeuvre du CSC, qui impliquerait le captage, le transport par pipeline et l'injection du CO2, devrait relever des organismes provinciaux qui règlementent la production du pétrole, du gaz et de l'électricité. De même, bien que la responsabilité de la gestion et de la réglementation des eaux soit partagée par les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux, les risques de fuites potentielles et les évaluations d'impacts sur l'environnement relatives aux eaux souterraines qui se trouvent entièrement dans les frontières d'une province sont des questions qui relèveraient probablement des autorités provinciales.

La législation fédérale et provinciale existante sur le pétrole et le gaz couvre certains aspects du CSC, y compris des questions liées au captage et au transport du CO2 comme la construction, la santé et la sécurité. Toutefois, dans la plupart des provinces et territoires du Canada, certains aspects du stockage du CO2, comme les droits d'accès et les questions d'ordre juridique, et certaines questions concernant l'injection et les activités qui suivent, comme la surveillance et la responsabilité, n'ont pas encore été convenablement réglés.3

Encourager le déploiement du CSC

En avril 2007, le gouvernement fédéral a publié son plan intitulé « Prendre le virage » visant à réduire les émissions de GES. Le cadre réglementaire proposé prévoit des cibles obligatoires et exécutoires pour la réduction des émissions dans tous les secteurs industriels importants. Les détails du plan ont été publiés en mars 2008; l'atteinte de ces cibles nécessitera dans les faits l'utilisation d'une technologie de CSC ou d'une technologie équivalente d'ici 2018. Le gouvernement fédéral a engagé 250 millions de dollars dans le but de financer la mise au point du CSC et a récemment annoncé un appel de propositions au titre d'un nouveau fonds de 125 millions de dollars pour faire progresser le développement de technologies de CSC. De plus, de nombreuses mesures provinciales visant à inciter ou à obliger les entreprises à réduire les GES ont été mises sur pied, notamment un fonds existant de deux milliards de dollars servant à l'avancement de projets de CSC en Alberta.

Difficultés à venir

Malgré ces développements, un certain nombre d'obstacles techniques, réglementaires et politiques rendent incertaine la mise en application future du CSC au Canada. Selon certains experts, le CSC ne sera pas rentable d'ici au moins dix ans, et même alors sa mise en oeuvre à grande échelle prendra encore de nombreuses années. L'AIE a récemment averti les pays du G8 qu'ils devaient immédiatement consacrer 20 milliards de dollars au financement du CSC s'ils voulaient voir la technologie mise en place d'ici 2020. En outre, l'incertitude sur le plan de la réglementation pourrait décourager certains investisseurs privés à investir dans la technologie, tandis que des groupes environnementaux préoccupés par la sécurité et la nature expérimentale du CSC soutiennent que le gouvernement devrait plutôt investir dans des sources d'énergie renouvelable ayant fait leurs preuves, comme l'énergie hydroélectrique, solaire et éolienne.

Il reste encore beaucoup à faire pour faciliter l'implantation de la technologie CSC. Il faut élaborer des lignes directrices relatives à la surveillance, à l'information et à la vérification et il faut régler les problèmes de sécurité, comme les fuites. En outre, les gouvernements canadiens devront continuer à offrir des incitatifs à la recherche et au développement dans le but de faire progresser les projets-pilotes, incitatifs comme le crédit d'impôt industriel américain pour la mise en oeuvre du CSC qui est prévu par la Emergency Economic Stabilization Act of 2008 récemment édictée.

Selon les promoteurs de la technique, il faut tout d'abord élaborer un cadre réglementaire efficace et harmonisé au Canada pour que les entreprises et le public fassent confiance à la technologie. De plus, on doit démontrer rapidement et dans de nombreux autres emplacements qu'il est possible de stocker du CO2, afin d'évaluer le potentiel de conservation du CO2 dans différentes formations géologiques et d'établir des critères de sélection des sites. Les promoteurs de la technique croient que l'expansion des projets-pilotes fournira également des données critiques qui permettront d'élaborer des procédés de surveillance et de vérification du CO2 et de mettre au point des pratiques de gestion des risques. Cette expansion devrait, à son tour, accélérer le déploiement du CSC et faciliter les progrès requis pour réduire à grande échelle les émissions de CO2 à l'avenir.


1 Il s'agit d'une entité intergouvernementale scientifique mise sur pied par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l'environnement qui a été établie dans le but de fournir aux décideurs et aux autres intéressés une source d'information objective en matière de changements climatiques : www.ipcc.ch/index.htm.
2 Ce potentiel de stockage est particulièrement immense dans les formations rocheuses du bassin sédimentaire de l'Ouest canadien.
3 Le site Web de l'Agence internationale de l'énergie se trouve à l'adresse suivante : www.iea.org/textbase/subjectqueries/ccs_legal_countries.asp. En janvier 2008, le groupe de travail écoÉNERGIE Canada-Alberta sur le CSC a donné diverses recommandations sur la manière de régler ces questions
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