La réflexion conceptuelle appliquée à l’avancement des femmes – Recourir davantage au parrainage

2 août 2018
Nous nous sommes mis au défi d’utiliser la réflexion conceptuelle pour mettre des idées nouvelles au service de l’avancement des femmes dans la profession juridique. Dans ce billet, nous examinons certaines barrières à l’avancement des femmes et, en particulier, l’absence de parrainage et la manière dont la réflexion conceptuelle peut nous aider à y remédier. Dans les billets à venir, Andrea Alliston abordera le processus de réflexion conceptuelle et nous partagerons les leçons apprises, de manière à vous permettre d’utiliser les techniques de réflexion conceptuelle dans vos organisations.

L’avancement des femmes dans le domaine du droit

L’avancement des femmes continue d’être une question qui agite la profession juridique. Le sujet est fréquemment abordé par les avocats, les dirigeants de cabinets d’avocats, les chefs de services juridiques et les clients, mais il n’est pas facile à traiter et, comme toujours, les points de vue sont multiples.

L’« équilibre travail-vie personnelle » est-il un défi pour les avocates compte tenu des exigences de l’emploi ? Ou est-ce que ce sont les préjugés inconscients qui freinent leur progression ? Le problème est-il que les femmes ne participent pas, ne sont pas présentes autour de la table ou ne prennent pas de risques, ou est-ce que personne ne prend la peine de les attirer ou de les inviter autour de la table ? Nous avons tous mis sur pied des groupes de discussion, fait des sondages sur la mobilisation du personnel, organisé des remue-méninges et avons examiné la question sous tous les angles possibles.

Le pouvoir du parrainage

Chez Stikeman Elliott, au cours de nos propres explorations, nous avons découvert le rôle puissant que joue le parrainage dans l’avancement des femmes (et, en particulier, son rôle dans la propulsion des femmes vers le statut d’associée). Nous savons que le parrainage s’applique aussi dans d’autres milieux. 

La recherche nous enseigne que le parrainage a des incidences importantes sur l’avancement de la carrière d’une personne. D’après les conclusions du Center for Talent Innovation, le parrainage peut avoir pour effet d'augmenter le salaire et d’enrichir les affectations d’une personne (on parle ici de projets extrêmement importants qui bonifient nos compétences, notre crédibilité et notre confiance en soi), jusqu’à concurrence de 30 %[1]. D’après les conclusions de la même étude, les femmes, comparativement aux hommes, sont malheureusement sous-parrainées : dans 46 % des cas, les hommes sont plus susceptibles que les femmes d’avoir un parrain. Une autre étude de 2017 souligne encore davantage le pouvoir du parrainage dans nos lieux de travail, mais arrive à la conclusion que très peu de femmes (et de minorités visibles et d’autochtones) au Canada ont des parrains[2].

Le parrainage diffère du mentorat. Les mentors donnent des conseils et du soutien de carrière indispensables (ils donnent du temps et du savoir-faire à leurs mentorés pour les aider à s’intégrer et à apprendre les « ficelles du métier »). En revanche, les parrains utilisent leur propre capital politique à l’intérieur et quelquefois à l’extérieur de l’organisation pour faire progresser la carrière du protégé. Ils mettent leur réputation et leur clientèle au service de l’avancement de quelqu’un d’autre. On peut avoir plusieurs mentorés, mais en réalité on ne peut parrainer que un ou deux protégés à la fois.

Sylvia Ann Hewlett[3], dans son livre « Forget A Mentor, Find a Sponsor » souvent cité à ce sujet, énumère les comportements essentiels suivants des parrains et des protégés :

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Parrainage Infographie

Recourir davantage au parrainage des avocates

Il est clair que la pièce clé du casse-tête de l’avancement consiste à faire parrainer plus d’avocates par des associés ou des dirigeants de cabinets influents. Cependant, quand il faut recourir davantage au parrainage des femmes pour leur faire obtenir les mêmes avantages que leurs homologues masculins, les questions sont plus nombreuses que les réponses :

  • Concrètement, comment s’y prendre pour recourir davantage au parrainage au sein de notre cabinet?
  • Pouvons-nous mettre au point un « programme » ou le parrainage est-il strictement une relation « vivante » qui ne peut être bâtie ou simulée?
  • Quelles sont les pratiques de parrainage exemplaires et comment devons-nous les enseigner à des associés et à des dirigeants de cabinets très sollicités et favoriser leur adoption par ces derniers?
  • Comment pouvons-nous amener les gens à parrainer des personnes qui ne leur ressemblent pas?

Il nous fallait trouver des solutions créatives à ces questions. En outre, nous souhaitions examiner la question sous trois perspectives différentes :

  • les avocates qui cherchent à progresser;
  • les éventuels parrains qui cherchent des moyens d’appuyer les femmes avec lesquelles ils travaillent;
  • les leaders qui s’investissent dans la mise en œuvre de programmes organisationnels visant l’avancement des femmes.

Nous avons renoncé aux séances de remue-méninges et de rétroaction et avons plutôt décidé de mettre sur pied un atelier de réflexion conceptuelle portant sur la question ambitieuse suivante : « Comment recourir davantage au parrainage des femmes dans le secteur juridique? ». 

Réflexion conceptuelle 101

La réflexion conceptuelle est une technique de résolution de problèmes « axée sur la personne » qui est de plus en plus en vogue à mesure que nous recherchons des solutions plus innovantes pour nos milieux de travail et nos communautés.

Les problèmes difficiles tombent dans deux catégories : ceux que nous savons comment résoudre et ceux pour lesquels il n’y a aucune marche à suivre. Deux approches différentes servent à résoudre ces deux différents types de problèmes. Il s’avère que la pensée conceptuelle convient particulièrement bien à la seconde catégorie (les problèmes que nous ne savons pas comment résoudre)[4].

Plusieurs raisons font que la pensée conceptuelle peut être efficace quand les techniques habituelles de résolution de problèmes échouent[5] :

  • L’empathie pour l’usager est cruciale – les participants se mettent à la place de la personne qui a le problème, pas à celle de la personne qui le résout
  • La créativité est essentielle – le processus nécessite d’avoir recours à la pensée intégrative et bénéficie de l’apport d’un groupe diversifié de participants aux disciplines et antécédents différents
  • Le processus est itératif – le processus créatif n’est pas séquentiel, mais est un processus de recoupement, à savoir que les idées et les solutions utilisées pour résoudre le problème se modifient et évoluent à mesure que vous cheminez dans le processus
  • L’échec et la rétroaction rapides sont acceptés – en particulier, il est possible de tomber et d’échouer vite afin que chaque version soit meilleure que la précédente!

Lancement d’un atelier de réflexion conceptuelle

Pour notre atelier, nous voulions une salle remplie de participants enthousiastes qui étaient intéressés par le sujet, le connaissaient bien et étaient prêts à retrousser leurs manches, tenter de nouvelles approches et explorer des solutions inédites. La deuxième conférence annuelle de Thomson Reuters sur le leadership transformationnel des femmes (Women’s Transformational Leadership Conference) que Stikeman Elliott a parrainée et que j'ai coprésidée avec Bindu Dhaliwal de BMO nous a offert l’occasion parfaite de rassembler des participants. À la conférence, nous avons mobilisé un groupe extraordinaire d’une centaine d’avocats provenant de cabinets, de services juridiques, du milieu universitaire et d’autres organismes.

Une fois les fondements de la démarche bien établis, nous avons dirigé un atelier sur la pensée conceptuelle à la conférence du 3 mai. Les participants répartis par tables de huit ont collaboré afin de dégager des moyens pratiques et tout à fait uniques de recourir davantage au parrainage des avocates dans un vaste éventail d’organisations. Pendant l’atelier, les participants ont appliqué les principes classiques de la pensée conceptuelle susmentionnés, soit l’empathie, la créativité et l’échec rapide, pour explorer des moyens de recourir davantage au parrainage des avocates. Le groupe a généré collectivement des centaines d’idées. Nous avons hâte de les partager avec vous dans notre prochain billet!

[1] Sylvia Ann Hewlett et al., The sponsor effect: Breaking through the last glass ceiling (Boston, Harvard Business Review Research Report, 2010).

[2] Ritu Bhasin, Laura Sherbin et Julia Taylor Kennedy, Sponsor Effect: Canada, (New York, Center for Talent Innovation, 2017).

[3] Sylvia Ann Hewlett, Forget a Mentor, Find a Sponsor: The New Way to Fast-Track Your Career (Boston, Harvard Business Review Press, 2013).

[4] Dave Evans, coauteur du livre « Designing Your Life: How to Build a Well-Lived, Joyful Life », extrait tiré de son entretien avec Shankar Vedantam sur Hidden Brain (NPR 28 avril 2017)

[5] Voir Tilmann Lindberg, Christoph Meinel et Ralf Wagner: « Design Thinking: A Fruitful Concept for IT Development? » 2011; voir aussi Danielle Logue: « Wicked problems and business strategy: is design thinking an answer? » (mai 2012)

MISE EN GARDE : Cette publication a pour but de donner des renseignements généraux sur des questions et des nouveautés d’ordre juridique à la date indiquée. Les renseignements en cause ne sont pas des avis juridiques et ne doivent pas être traités ni invoqués comme tels. Veuillez lire notre mise en garde dans son intégralité au www.stikeman.com/avis-juridique.